28.01.2007
Le sens de l'orientation
C'est le trip retour à l'enfance en ce moment sur ce blog. Et non je ne viens pas de commencer une psychanalyse - vous pensez bien que ça fait dix ans au moins que j'ai attaqué.
ACTE I: mon Papa me disait toujours quand nous nous promenions avec Maman: "mon canari, ne te perds pas surtout, suis donc Papa lui il a le sens de l'orientation. Maman toujours, elle se perd."
ACTE II: quand je fus en âge de lire, Papa m'offrit le Petit Poucet, où il est écrit, noir sur blanc aussi vrai que je m'appelle Activewoman, que Petit Poucet tente par tous les moyens de sauver des crocs de l'Ogre ses six petites soeurs, mais étant des femelles, ces dernières sont quand même vraiment trop quiches en sens de l'orientation, et l'entraînent avec elles dans la déroute (toute personne ayant lu une version dissidente est priée de me l'envoyer par la poste).
ACTE III: Je suis adulte et naturellement tous les épisodes facheux et préjugés de mon enfance sont partis en fumée. Je pars sereinement faire un jogging avec Bonhomme, un beau jour de vacances dans une campagne inconnue. Chemin courant je pense à deux choses en même temps, c'est à dire à mes pieds et à ce que je vais manger à midi.
Quelques quatorze minutes plus tard, il est temps de faire demi-tour et Bonhomme s'oriente sereinement vers la sortie du bois. Il a bien repéré, en Bon Homme qu'il est, que la sortie se situe après le soixante huitième buisson.
Soixante huit buissons plus tard:
Lui: "A ben je comprends pas, ça devrait être là pourtant, mais je ne reconnais pas le chemin."
Moi, interloquée: "A ben attends, on est perdus ?"
Lui, ne doutant de rien: "Ca te dis quelque chose, toi, ce buisson ?"
Moi, et avec moi cinquante générations disparues de femelles: " C'est ton boulot ça ! Comme si moi je pouvais savoir où on est ???"
Et pour de vrai, j'avais absolument délégué, et ce sans même m'en apercevoir, tout le boulot de repérage. Parce que les femmes n'ont pas le sens de l'orientation. Ca se saurait.
C'est pas beau l'atavisme ?

22:05 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : atavisme, sens de l'orientation
21.01.2007
Arrêtez de travailler
Quand j'étais petite, le maître d'école m'avait dit et répété, Fais bien ton exercice, Louloutte, travaille bien ta dictée, ne regarde pas par dessus l'épaule de ton petit camarde, et tout ira bien pour toi dans la vie.
Jusqu'au bac ça a bien marché, concentrée, besogneuse, la tête penchée sur le devoir en classe, la prophétie maîtresse s'accomplissait, et le monde marchait tranquillement selon les règles de l'application et de la méritocratie.
Voyons à présent comment se décline cette stratégie, qu'on nous a martelée à longueur d'études, dans notre vie d'adulte.
Réfléchissez à votre environnement direct. Votre boss, par exemple. S'il souscrit au modèle homologué, votre boss remplit ses journées à peu près de la façon suivante:
- 50% du temps il s'occupe du sien (de boss). Acquiescements entendus, réunions de pure valorisation mutuelle, manoeuvres en tous genres.
- 30% du temps, il est sur votre dos. Non seulement il regarde par dessus votre épaule, mais il s'approprie en toute bonne conscience votre génie (n'ayons pas peur des mots) pour le faire valoir au sien (de boss).
- Les 20% restants, il déjeune avec son homologue chez la concurrence, pour comprendre les ressort du bizness du voisin.
Vous saisissez le swing ? Il fait absolument tout le contraire de ce que le Maître a dit, et ce en toute impunité.
Alors si on m'avait dit ça moi, quand j'étais petite, j'aurais fait un pendu avec Marcel pendant les heures de perm, au lieu de m'user les neurones sur l'exercice 28.

22:50 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : vie au travail, management
14.01.2007
Merci Matthieu
"Car on donnera à celui qui a, quel qu’il soit, et il y aura (pour lui) surabondance ; mais à celui qui n’a pas, on lui ôtera même ce qu’il a."
Saint Matthieu, 25-29
Cette bonne vieille parabole des Talents s'applique tout de même assez bien dans la vraie vie. En vérité (excusez-moi je viens de relire mon Nouveau Testament), le plus étrange est que Jésus Christ se soit fait le révélateur de cette triste réalité. Je n'ai jamais compris ce que cette parabole avait d'autre à nous apprendre que l'injustice et la dureté du monde. Ce qui n'est déjà pas mal me direz-vous.
Dans notre petit environnement, j'y vois deux champs d'application où elle s'accomplit dans sa toute puissance:
- dans une entreprise en restructuration
C'est l'heure où le capitalisme se matérialise dans sa forme la plus brutale. Et c'est un déchaînement de cirage de pompes, intrigues, représailles et scènes de ménage entre collègues. Croyez-moi et prenez courage, fuyez. Naturellement, tous les coups sont permis, mais avantage aux plus prévoyants qui ont déjà sécurisé la bienveillance du patron. Les innocents, ceux qui se contentent de bien faire leur travail mais qui ont fait l'erreur de négliger la pause café, se verront offrir le plus beau des placards.
- dans la vie d'une femme : l'effet Matthieu
J'apprends qu'on a même nommé Effet Matthieu l'impact de la parabole des Talents dans la vie de la femme active occidentale. En l'occurrence, ceux qui « ont » (le pouvoir) sont les hommes et celles qui « n'ont pas » sont les femmes. D'après les recherches des sociologues (dont la très féministe Judith Lorber), quand les femmes perdent le fil conducteur de l'évolution de carrière à cause d'une maternité, elles accumulent les désavantages et ne se sortent que très difficilement de ce cercle vicieux. Exclues du cercle vertueux du prestige et du pouvoir, elles se retrouvent souvent pour le restant de leur vie condamnées aux emplois subalternes peu gratifiants et peu rémunérés.
Cette thèse devient décidément très à la mode et hautement controversée dans les dîners en ville des trentenaires.

20:25 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : Evangile selon Saint Matthieu, parabole des talents, effet matthieu
17.12.2006
La fin de la différence: l’Utérus Artificiel
Qu’est-ce qui aujourd’hui différencie l’homme et la femme, et leurs rôles respectifs dans la société ? « Rien que l’habitude culturelle de la différence», affirment les féministes radicaux. Réfléchissez, il reste tout de même un petit quelque chose, il dure neuf mois et fait hurler le chef de bureau, qui se jure secrètement que la prochaine fois il recrutera un mâle, même s’il est moins fort.
La femme porte. On a beau partager les rôles par la suite (papa fait le matin, et maman le soir, trouvez-moi un couple qui fait le contraire), ce rôle-là est exclusif, c’est lui qui entretient le mythe du rapport "magique, au delà de toute parole" qui unit la femme à sa chair, cette croyance ancrée qui peut-être n’est pas sans lien avec le constat que les femmes obtiennent souvent la garde en cas de divorce. Mais là je m’égare.
Donc donc, la femme porte. Il paraîtrait que ce n’est pas si évident que ça à assumer, et je ne parle pas des désagréments physiques divers. Je parle du regard du monde du travail sur Caroline qui en est à « pondre son troisième gosse, celle-là elle sait comment tirer un max du système, hein, c’est dégueulasse ». Cette sentence ne traduit peut être pas ce que pensent votre boss et votre RH, mais vous, vous êtes persuadée que si. La maternité est synonyme de culpabilité.
Heureusement, à moyen terme cette différence majeure va disparaître. Dans un avenir peut-être pas très éloigné, l’ectogenèse ou utérus artificiel (UA) deviendrait, selon Henri Atlan, une réalité. Les impossibilités biologiques tombent les unes après les autres. Après la pilule contraceptive, l’insémination artificielle, la fécondation in vitro, la prochaine étape sera l’ectogenèse. L’ectogénèse est le processus qui comble le gap entre les 5 jours du début et les 24 semaines de la fin de la grossesse. La fécondation in vitro sait maintenir en vie un embryon pendant 5 jours. La réanimation néonatale sait sauver les grands prématurés de 24 semaines. Reste à inventer et concevoir le milieu qui fournira substances nutritionnelles, hormones, filtration des déchets, oxygénateur, contrôle de la température et de la lumière pour assurer le développement complet de l'embryon. C’est un système très compliqué. Mais ce n’est pas mystérieux.
C’est juste une question de temps. Certains disent 15 ans, d’autres 100. Mais dans l’ensemble, c’est pour bientôt. Et c’est la Révolution.
Pour en savoir plus, l’Utérus Artificiel, d’Henri Atlan, aux éditions du Seuil.

22:30 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : Henri atlan, utérus artificiel
15.11.2006
Welcome to Prison School
Michel Foucault, Surveiller et punir
Fondement de l’harmonie sociale, ou forme d’oppression qui s’auto-régénère à travers les âges, l’école s’applique à lisser nos individualités pour nous laisser le cœur vide. Supposons que vous êtes un rebelle né. Dès le lit-cage vous avez inventé une méthode d’auto-catapultage pour vous évader de vos barreaux et aller piquer des barbies de votre sœur aînée (comportement au demeurant pathologique qui fera l’objet d’une note ultérieure). Lors de votre première fugue à cinq ans, vous kidnappez votre petit frère, que vous cachez dans la cabane de jardin de la voisine alors que tout le village vous imagine tous deux aux griffes du Loup Garou.
Heureusement nos amis les maîtres d’école vont vous calmer un peu. Au fil d'heures de répression en tous genres et sans discernement dispensée par des êtres plus forts que vous, vous vous concédez à vous-même de menus écarts avec votre rébellion chérie. Vous voici alors insidieusement reparti sur le droit chemin de l’obéissance. Vous abdiquez. A 18 ans, vous passez votre bac avec la mention assez bien. Vous commencez un boulot de technicien spécialisé en béton pour sols de cuisine et vous installez à Chatillou les Pins avec Jeannette. A 35 ans vous êtes déjà mort.
He bien, l’Ecole vous a tuer. Que fait l’école ? Elle classe les petits enfants en rangs d’ognons qu’elle processe, comme dans la chaîne du hamburger au Mac Do. Ne pas trop poser de questions, suivre la Règle , être appliqué sans être brillant, car qui dit brillant dit problème de l’autre côté du chemin de la normalité, problème avec les autres élèves qui d’instinct détestent le bon élève. Faire le moins de bruit possible, surtout, ne pas se planter.
Mais qui peut vivre pour de vrai ? Sont-ce ces hordes de moutons têtes basses ? Eh non, vivra celui qui aura miraculeusement protégé en son sein un peu de cette énergie brute, de cette insolence, de cette audace qui fait qu’on vit vraiment. Nietzsche a dit (en gros et imagé), le Christianisme nous lobotomise et nous conditionne pour être de parfaits esclaves bien rancuniers. Heureusement, l’école laïque a pris le relais du catéchisme.
23:45 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : école laïque, liberté individuelle
08.11.2006
En mineur les basses, Mesdames
Grandes Ecoles au Féminin va bientôt publier les conclusions d’une étude fondée sur un petit sondage innocent, envoyé à des hommes et des femmes diplômés desdites écoles. Je vous reparlerai dès que possible de cette étude, dont les millésimes passés ont toujours donné des résultats tout à fait étonnants.
Ainsi, à la question « Les femmes vous paraissent-elles désavantagées dans leur carrière par rapport aux hommes ? », la plupart des hommes répondent « Non ». A la question « Les femmes font-elles face à plus de difficultés que les hommes pour conjuguer vie professionnelle et vie privée ? », ces Messieurs répondent encore « Non ».
D’où on pourrait hardiment conclure qu’à part au fin fond de l’Arabie Saoudite, les hommes et les femmes sont dans le même bateau, donc arrête un peu de râler Germaine, et passe-moi les brocolis.
Et si on recadrait un peu le débat ? Mmhh ?
Le rapport du 22 février de la Commission Européenne nous rappelle gentiment que les femmes :
- se retrouvent essentiellement dans des activités et des professions traditionnellement féminines, ce qui a renforcé la ségrégation sur le marché du travail ;
- sont davantage concernées par le travail à temps partiel que les hommes (32,6% des femmes actives contre seulement 7,4% des hommes actifs) ;
- rencontrent des plus grandes difficultés pour concilier vie professionnelle et vie privée, ce qui nuit à leur carrière. Les femmes ne représentent que 32% des cadres des entreprises, 10% des membres des conseils d'administration et 3% des directeurs généraux des grandes entreprises. Enfin, dans les secteurs de l'éducation et de la recherche, très nombreuses à obtenir un diplôme (43% des titulaires de doctorat sont des femmes), les femmes disparaissent au fur et à mesure qu'elles gravissent les échelons (seuls 15% sont titulaires d'une chaire) ;
- et, pompon final, subissent un écart salarial considérable. En moyenne, les femmes gagnent 15% de moins que les hommes pour chaque heure de travail.
Heureusement les hommes savent au fond raison garder, malgré leur enthousiasme paritaire : à la question « Préféreriez-vous être un homme ou une femme ? » les hommes répondent : « Un homme [pardi] ».
19:30 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : femmes actives, femmes au travail, égalité hommes femmes
29.10.2006
Simone ou le renoncement à l'exercice de sa Liberté
Je vous propose de réfléchir à cette petite histoire du quotidien:
Jules et Caroline sont dans un bateau. Jules tombe à l'eau. postés devant la salle de cinéma. Le parapluie pliable ne leur épargne que la conscience d'être mouillés. Caroline rêve depuis un mois d'aller voir "Dans mes bras ma Chérie" avec Brad Clooney dans le rôle principal. Jules quant à lui a sélectionné sur Kinallo.com un nouveau film sur la guerre d'Indochine, "Les Poîlus dans la Steppe" ça s'appelle (du lourd, quoi).
Jules:
"Ca me dirait bien d'aller voir les Poîlus, et toi ?" (-> direct et droit au but)
Caroline:
"..."
Jules:
"Non ?"
Caroline:
"Ca n'a l'air pas mal non plus, le Brad Clooney ? " (-> méandres et circonvolutions)
Jules:
"Ouais nan ça a l'air tarte. Menfin si ça te fait plaisir on y va"
Caroline, regardant par terre, l'air offusqué:
"...Non non comme tu veux..."
Jules (vraiment trop naïf):
"Bon alors les Poîlus". Et d'acheter les billets boum.
Deux heures plus tard, Jules et Caroline sortent de la salle chacun regardant leurs pieds. Caroline n'a plus ouvert la bouche depuis que Jules l'a "forcée" à choisir ce film de daube. Jules est agacé contre Caroline qui une fois de plus, "fait la gueule".
Ben alors qu'est-ce qui s'est passé, alors ?
Heureusement Simone (de Beauvoir pardi) nous éclaire par ce paragraphe lumineux du Deuxième Sexe:
"A côté de la prétention de tout individu à s'affirmer comme sujet, qui est une prétention éthique, il y a aussi en lui la tentation de fuir sa liberté et de se constituer en chose: c'est un chemin néfaste car passif, aliéné, perdu, il est alors la proie de volontés étrangères, coupé de sa transcendance, frustré de toute valeur. Mais c'est un chemin facile: on évite l'angoise et la tension de l'existence authentiquement assumée. L'homme qui constitue la femme comme un Autre rencontrera donc en elle de profondes complicités."
Complicité en pleine contradiction avec une envie de s'affirmer comme être libre: Caroline a cédé sur le choix du film car il est plus facile de se laisser porter par le choix de son homme, plutôt que de prendre la responsabilité du choix et le risque de se planter en l'emmenant voir un navet; et Caroline boude car elle a le sentiment de s'être fait priver de liberté. Alors que c'est elle-même qui l'a apportée sur un plateau.
Rester debout, c'est le plus difficile. Mais les femmes ne pourront prétendre à rien si elles cèdent encore à la complaisance.
13:05 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : Simone de Beauvoir, le deuxième sexe, la femme comme l'Autre



