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17.12.2006

La fin de la différence: l’Utérus Artificiel

Qu’est-ce qui aujourd’hui différencie l’homme et la femme, et leurs rôles respectifs dans la société ? « Rien que l’habitude culturelle de la différence», affirment les féministes radicaux. Réfléchissez, il reste tout de même un petit quelque chose, il dure neuf mois et fait hurler le chef de bureau, qui se jure secrètement que la prochaine fois il recrutera un mâle, même s’il est moins fort.

La femme porte. On a beau partager les rôles par la suite (papa fait le matin, et maman le soir, trouvez-moi un couple qui fait le contraire), ce rôle-là est exclusif, c’est lui qui entretient le mythe du rapport "magique, au delà de toute parole" qui unit la femme à sa chair, cette croyance ancrée qui peut-être n’est pas sans lien avec le constat que les femmes obtiennent souvent la garde en cas de divorce. Mais là je m’égare.

Donc donc, la femme porte. Il paraîtrait que ce n’est pas si évident que ça à assumer, et je ne parle pas des désagréments physiques divers. Je parle du regard du monde du travail sur Caroline qui en est à « pondre son troisième gosse, celle-là elle sait comment tirer un max du système, hein, c’est dégueulasse ». Cette sentence ne traduit peut être pas ce que pensent votre boss et votre RH, mais vous, vous êtes persuadée que si. La maternité est synonyme de culpabilité.

Heureusement, à moyen terme cette différence majeure va disparaître. Dans un avenir peut-être pas très éloigné, l’ectogenèse ou utérus artificiel (UA) deviendrait, selon Henri Atlan, une réalité. Les impossibilités biologiques tombent les unes après les autres. Après la pilule contraceptive, l’insémination artificielle, la fécondation in vitro, la prochaine étape sera l’ectogenèse. L’ectogénèse est le processus qui comble le gap entre les 5 jours du début et les 24 semaines de la fin de la grossesse. La fécondation in vitro sait maintenir en vie un embryon pendant 5 jours. La réanimation néonatale sait sauver les grands prématurés de 24 semaines. Reste à inventer et concevoir le milieu qui fournira substances nutritionnelles, hormones, filtration des déchets, oxygénateur, contrôle de la température et de la lumière pour assurer le développement complet de l'embryon. C’est un système très compliqué. Mais ce n’est pas mystérieux.

C’est juste une question de temps. Certains disent 15 ans, d’autres 100. Mais dans l’ensemble, c’est pour bientôt. Et c’est la Révolution.

Pour en savoir plus, l’Utérus Artificiel, d’Henri Atlan, aux éditions du Seuil. 

 

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10.12.2006

La Rose Blanche

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Hans Scholl, Sophie Scholl, Christoph Probst, 1942

Fondée en 1942 par des étudiants munichois révoltés par la dictature et par les souffrances de la guerre, la Rose Blanche diffusa des tracts anti-nazis pendant plusieurs mois, à Munich et dans plusieurs grandes villes d’Allemagne, jusqu’à l’arrestation de leurs auteurs en 1943.

Les tracts de la Rose Blanche font référence à Schiller, Goethe, Novalis, Lao Tseu, Aristote, et citent également la Bible. Les étudiant qui les rédigeaient, âgés de 22 à 25 ans, refusaient d'accepter le totalitarisme dans lequel avait sombré l'Allemagne, et voulaient sauvegarder leur indépendance d'esprit face au nihilisme intellectuel du nazisme. Kurt Huber, professeur à l'université de Munich, réputé pour ses cours de philosophie qui influençaient beaucoup les étudiants, les encouragea à résister et devint le mentor de la Rose Blanche.

Inge Scholl, jeune sœur d’Hans et Sophie Scholl, deux des fondateurs de la Rose Blanche , raconte dans un livre  simple, lumineux, les jeunes années de ses frère et sœur. La jeunesse hitlérienne, la ferveur contagieuse, l’espoir, puis les doutes, l’angoisse, et la découverte de la haine et de la violence qui portent le régime.

Au printemps 1943, suite à la diffusion du cinquième tract de la Rose Blanche , Hans et Sophie sont décapités à la hache, après une condamnation à mort pour haute trahison.

Les tracts sont impressionnants par la justesse et la limpidité de la vision qu’ils montrent. Je vous en copie un extrait ci-dessous:

« Il n’est rien n'est plus indigne d’un peuple civilisé, que de se laisser, sans résistance, régir par l'obscur bon plaisir d'une clique de despotes. Est-ce que chaque Allemand honnête n'a pas honte aujourd'hui de son gouvernement ? Qui d'entre nous pressent quelle somme d'ignominie pèsera sur nous et nos enfants quand le bandeau, qui maintenant nous aveugle, sera tombé et qu'on découvrira l'atrocité extrême de ces crimes ?

Nos yeux ont été ouverts par les horreurs des dernières années, il est grand temps d'en finir avec cette bande de fantoches. Jusqu'à la déclaration de guerre, beaucoup d'entre nous étaient encore abusés. Les nazis cachaient leur vrai visage. Maintenant, ils se sont démasqués et le seul, le plus beau, le plus sain devoir de chaque Allemand doit être l'extermination de ces brutes. »

Extrait d’un tract de La Rose Blanche, 1943. 

 

03.12.2006

L'art pour l'art ?

Le centre Beaubourg propose en ce moment une exposition sur le peintre Yves Klein. Je n’apprendrai à personne le légendaire bleu Klein, celui qui rendit célèbre le jeune artiste, à 29 ans sonnés (pour les cancres du fond je vous en copie un ci-dessous.)

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(les formes en bleu ont été crées par l'application de corps de femmes nues trempées dans la peinture. Si, si)

La brochure de l’exposition ne le dit pas, mais les parents devaient quand même avoir pas mal de moyens à leur disposition pour envoyer le petit dans divers pays lointains – Japon, Espagne, Grande Bretagne – s’amuser un peu et apprendre beaucoup de judo. De retour à 27 ans, et après une ébauche de carrière comme professeur de judo, Yves Klein se lance dans une carrière de peintre. Ca tombe bien, maman et papa sont tous les deux peintres et maman tient salon des peintres et critiques tendance tous les lundis.  

Yves Klein n’est assurément pas le premier à peindre des monochromes. Avant même sa naissance en 1928, Malevitch peignait son célèbre carré blanc sur fond blanc. Pourquoi, me direz-vous, Yves Klein est-il considérablement plus connu que Malévitch ? Moi je dirais (opinion qui n’engage que moi), le marketing.

Yves Klein a créé d’emblée le IKB, le IKG et le IKP. Pour International Klein Blue, Gold et Pink respectivement. Il a vu les choses en grand. Au lieu de venir progressivement au monochrome après des années besogneuses de figuratif, Yves Klein est allé droit au but en appelant ses toiles tout simplement, des «  monochromes ». Il s’approprie ainsi l’innovation picturale.

Sans vouloir offenser en quoi que ce soit les supporters de Klein, l’artiste semble dans une large mesure devoir son immense succès à un contexte familial idéal, lui offrant sur un plateau les contacts du monde de l’art et plus globalement, les règles du jeu, et à une stratégie commerciale intelligente utilisant à plein ces ficelles.  

Nous aimerions que l’art soit détaché de toutes ces considérations contingentes et matérielles. Nous aimerions que les artistes émergent grâce à leur génie et non grâce à leur naissance. Comme ce compromis doit être difficile à gérer quand on se voudrait acteur, peintre ou écrivain…  

Heureusement, quand on gagne sa vie avec des tableurs excel, on n’affronte pas toutes ces questions, hein.

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